Expérience de sérigraphie, par Fafé, août 2011

Préparation du tirage (jour 1)

  • Préparer l’impression des typons à partir des fichiers PDF, couleurs séparées sur des fichiers différents. Impression chez Identic sur calque (tireuse de plan) car pas possible de faire ça sur rhodoïd en raison de la trop grande longueur des pages (le rhodoïd ne dépasse pas le format A3, mon projet est à 46,5 x 33 cm avec traits de coupe et débords de bords perdus). On peut envoyer le PDF par email à Identic et passer récupérer le tirage le lendemain.
  • Achat du papier, chez Identic également, cela permet de l’avoir coupé au format d’impression au massicot et évite les problèmes de calage dus aux feuilles inégales. Choix d’un 190 g. offset mat, qui devrait ne pas trop gondoler avec l’encre humide et se plier correctement ensuite.
  • Dépôt du papier dans l’atelier trois jours avant le tirage pour lui permettre de prendre la température et le degré d’humidité du lieu. Cela permet ainsi des calages plus faciles ensuite (les feuilles ne « bougent » plus beaucoup une fois qu’elles restent dans le même lieu).
    Remarque : il faudrait aussi déposer les typons sur calque en même temps dans le lieu, car eux aussi peuvent se déformer après l’insolation et ne plus vraiment correspondre aux cadres réalisés. C’est ce qui est arrivé, n’ayant apporté les typons que le jour où j’ai réalisé l’insolation. Les calques sont ensuite restés sur place et ont gondolé, ce qui a posé des problèmes au moment du calage des cadres sur le gabarit construit à l’aide des calques. A mon avis, si on peut, c’est mieux de bosser avec du rhodoïd.

Encollage (jour 2, 3 jours après, l’après-midi)

  • Choisir les cadres au format un peu plus grand que celui du papier (une main tout autour permet d’être à l’aise).
  • Vérifier que les cadres n’ont pas de parties « bouchées » avec un compte-fil, au niveau des zones qui semblent obscurcies.
  • Poser le cadre verticalement de façon à ce qu’il tienne solidement, ce qui permet d’encoller seul. Pour moi, j’étais avec Eric qui tenait le cadre donc ça allait, mais sinon, ce serait pas mal de prévoir un système pour caler le cadre en bas pour lui éviter de glisser ou bouger, et donc d’avoir toute la pression avec deux mains sur la raclette.
  • Faire le noir et travailler en lumière inactinique (le produit à déposer sur les cadres est photosensible, donc on travaille dans le noir).
  • Remplir la raclette métallique de produit à insoler. Pour ce tirage j’ai utilisé le Prod Ecran Procol ZX+ (il y avait des poussières dedans, malheureusement, mais ça n’a pas eu d’incidence sur la suite).
  • Aligner la raclette le long du cadre, en bas, la pencher pour faire descendre le produit en contact avec la soie et remonter en déposant une fine couche de produit de façon régulière. Il faut avoir un geste pas trop rapide, en appuyant suffisamment pour que le produit s’étale et pénètre dans la trame de la soie.
  • Répéter la même opération au verso.
  • Il faut recouvrir une surface plus grande que la taille de la feuille, mais on n’est pas obligé d’aller jusqu’au bord du cadre si le cadre est vraiment plus grand que la feuille.
  • Encoller tous les cadres nécessaires au tirage d’un coup.
  • Les mettre à sécher dans un lieu noir jusqu’au lendemain. Cette fois-ci, on les a posés sur la table de sérigraphie, séparés par des cales aux quatre coins pour ne pas qu’ils se touchent entre eux et on a recouvert la pile des trois cadres + un supplémentaire de protection au dessus avec deux draps noirs et entouré le tout de carton qui maintenait le tout ensemble, avec du scotch. La pièce est restée dans le noir, fermée avec tous les caches sur fenêtres et portes.

Insolation et préparation des couleurs (jour 3, l’après-midi)

  • L’insolation se passe sur la machine à insoler. Poser le premier typon sur la vitre, recto vers soi (donc à l’endroit).
  • La pièce est dans le noir complet, on allume les lampes inactiniques de la machine (bouton « rouge ») et les petites lampes « de vélo » qui servent d’éclairage d’appoint.
  • On pose le cadre sur le typon, la soie contre le calque, et on essaie à peu près d’aligner et centrer le typon avec le cadre.
  • Recouvrir calque et cadre avec le tissu de laine noir, bien tendu et plaqué sur le tout.
  • Poser ensuite une vitre pour bien plaquer la couverture sur la soie et sur le typon. Dans mon cas, la vitre était trop grande pour le format du cadre, donc on a utilisé une ramette de papier, mais elle était légèrement plus petite que le typon, ce qui a posé des problèmes ensuite car les bordures n’étaient pas bien plaquées sur le calque et les traits ont été difficiles à déboucher.
  • Poser un objet lourd sur l’ensemble (plaque de marbre dans ce cas).
  • Fermer la machine à insoler et recouvrir d’un tissu noir.
  • Régler le minuteur sur le temps de pose nécessaire. Ici, on a laissé le réglage précédent, donc 2.8. Puis, voyant que le résultat était difficile à déboucher au rinçage, on a diminué à 2.5, mais c’était encore trop long car le rinçage a été très long et certains traits sont restés bouchés, le produit étant trop cuit. A mon avis, il est possible de descendre à 2.3 au moins.
  • Enclencher les lampes UV (H.P.R.) et les éteindre lorsque le minuteur émet le « clac » de fin.
  • Tout déballer et passer le cadre dans le bac de rinçage, verticalement, toujours dans le noir.
  • Bien mouiller avec le jet en mode robinet normal, recto et verso. Lorsque que c’est bien mouillé, passer en mode « douchette ». il est alors possible d’allumer la lumière pour bien voir ce qu’on débouche. J’ai pas mal galéré pour déboucher le produit qui semblait un peu trop cuit. J’ai accentué la force du jet en bouchant certains trous de sortie de l’eau avec les mains.
  • Répéter les opérations avec chaque cadre.
  • Mettre les cadres à sécher. On peut profiter du séchage pour préparer les couleurs, c’est ce que j’ai fait.
  • Utiliser des pots de confiture, les « Bonne Maman » sont mieux, car ensuite, la palette métallique rentre dans l’ouverture du pot et ne rentre pas dans des pots au col plus resserré.
  • Prévoir de remplir le pot presque entièrement (pour un format proche du A3 et une centaine d’exemplaires). Bien mélanger la couleur et ne pas ajouter d’eau tout de suite, attendre le jour du tirage pour le faire (dans mon cas le lendemain). Il s’agit ici d’encres à l’eau pour papier, Hydracolor/Aquaset.

Tirage (jour 4, de midi à 19h, avec des pauses clope, mais pas tant que ça)

  • Préparer le gabarit qui va permettre de caler les cadres sur la table de sérigraphie. Utiliser une des feuilles prévues pour le tirage, et coller dessus le typon du premier passage de couleur (dans mon cas, du jaune-orangé), en le centrant au mieux par rapport à tous les côtés et en l’alignant avec les bords.
  • Coller dessus deux languettes de papier assez rigide type bristol qui vont permettre de déplacer la feuille lorsque qu’elle sera sous le cadre et difficilement manipulable.
  • Placer sur le cadre du ruban adhésif solide (marron d’emballage au moins) tout autour des parties encollées et jusqu’au bord du cadre (cela empêche que l’encre ne passe et salisse la feuille ou la table). On le fait devant et derrière la soie.
  • Fixer le premier cadre sur la table, en serrant la barre transversale, en le posant sur des petites cales pour le surélever légèrement de la surface de la table (j’ai utilisé les fameuses baguettes chinoises de Fab). Fixer les 4 coins aux barres métalliques de la table avec des serre-joints.
  • Placer le gabarit (et son typon collé dessus) sous le cadre et l’aligner le plus précisément possible avec le cadre. C’est à ce moment que j’ai eu du mal à caler le tout précisément, car le calque avait « bougé » à cause de l’humidité probablement depuis la veille, et il ne correspondait plus tout à fait avec le cadre, d’autant moins que j’avais une assez grande longueur (46,5 cm).
  • Quand le gabarit est bien ajusté au cadre, le coller sur la table par deux petits bouts d’adhésif et coller sur la table des languettes de papier un peu épais pour servir de calage aux feuilles, à chaque angle (repères d’angles). Décoller ensuite le gabarit quand c’est fait et le conserver pour le second passage.
  • Placer à portée le paquet de feuilles vierges, préparer la raclette pour l’encre.
  • Diluer un peu l’encre avec de l’eau pour qu’elle soit fluide mais pas liquide (elle ne doit pas couler de l’outil, mais être suffisamment humide pour bien glisser et passer correctement à travers les trous de trame de la soie). Il vaut mieux commencer avec une encre trop épaisse, et la rallonger d’eau ensuite que de risquer qu’elle soit trop liquide.
  • Placer une feuille de journal sur la table pour le premier passage.
  • Baisser le système cadre+structure, déposer une bonne quantité d’encre sur la soie du cadre, étaler l’encre sur la soie en appuyant fortement sur la raclette pour que l’encre passe au travers des trous de trame puis ramener l’encre sur la soie pour qu’elle recouvre toute la surface du motif. C’est le nappage, qui permet d’éviter à l’encre posée sur la soie de sécher et donc à la soie de se boucher. Je n’ai pas rencontré de problème pour le premier mouvement de raclette (impression proprement dite), mais j’ai beaucoup galéré avec le nappage. J’avais tendance à ne pas assez appuyer, ce qui ne permettait pas à l’encre de recouvrir toute la surface, et ce qui a entraîné des taches sur certains de mes aplats. J’ai fini par réussir le geste lors du tirage de la seconde couleur (il était temps !), en utilisant un truc de yoga : Relâcher tous les muscles et l’esprit en ayant une longue expiration qui accompagne parfaitement le retour de nappage de la raclette ^_^ . Il faut que le mouvement ne soit pas trop rapide, il est très doux, un peu le contraire du premier mouvement, l’aller est énergique et assez rapide, le retour est paisible et doux (mais il faut tout de même un certain poids sur la raclette, qui se fait de lui même lorsque qu’on relâche ses mains et ses bras dessus).
  • Soulever la structure, prendre la feuille de journal et vérifier que tout le motif est bien présent, qu’il n’y a pas de manques. Cela permet aussi de vérifier que l’encre est à la bonne consistance.
  • Recommencer ensuite l’opération avec les feuilles à imprimer, en posant chaque feuille sur le séchoir (il faut avoir les mains propres, sans encre, pour ne pas tacher les feuilles). C’est assez pratique d’avoir quelqu’un pour aider au tirage, qui peut se charger de prendre les feuilles imprimées et les mettre à sécher, en les vérifiant au fur et à mesure. Perso, j’ai eu Eric, puis Marie puis Jacques, et c’était parfait.
  • Si des manques apparaissent, ce peut être certains trous dans la soie qui sont bouchés par de l’encre sèche. On peut passer un coup d’éponge humide sous le cadre et faire un tirage de reprise sur un journal avant de réutiliser les bonnes feuilles.
  • Ne pas hésiter à ajouter de l’encre régulièrement, il en faut toujours une bonne quantité pour permettre de bien napper.
  • Il faut garder un bon rythme et ne pas trop traîner car l’encre sèche assez vite. Si elle paraît trop sèche, la récupérer, la mettre dans le pot et la re-diluer avant de reprendre les tirages.
  • Quand les tirages sont tous réalisés, bien rincer tous les outils et surtout le cadre car l’encre sèche dans les trous de trame de la soie.
  • Laisser sécher les tirages du premier passage et pendant ce temps, préparer le gabarit pour le second passage de couleur, qui peut se faire le jour même ou le lendemain, selon le temps disponible.
  • Répéter toutes les opérations de premier passage pour le second (gabarit avec le second typon, fixation du cadre sur la structure, repérage avec le gabarit, collage des languettes de repérage, impression à la raclette, séchage). Tirage des versos (jour 5, de 14h à 18h). Dans mon cas, j’ai imprimé les versos des feuilles le lendemain du tirage des deux couleurs en recto. Même procédé que pour le recto, avec calage du cadre verso avec ce qui a été imprimé en recto et le typon correspondant.

Nettoyage (jour 6, entre midi et deux)

  • Le dernier jour, prévoir le nettoyage des cadres. Il faut décaper le produit photosensible qui a été cuit au moment de l’insolation pour pouvoir réutiliser les cadres.
  • Se placer dehors dans la cour, prévoir le karcher branché sur le courant et sur le tuyau d’arrivée d’eau (ouvrir le robinet à l’intérieur).
  • Enlever les adhésifs des cadres, recto et verso.
  • Recouvrir les deux faces des cadres avec le produit « Degravor » (Il y a une jolie tête de mort sur le pschitt, danger, c’est bien chimique et agressif, donc blouse et gants. Je conseille aussi des lunettes de protection, car au premier jet de karcher, des gouttes peuvent gicler de partout, j’en ai reçu dans l’oeil, et même dilué, le produit est bien méchant).
  • Laisser agir 5 minutes.
  • Passer les deux faces des cadres au karcher, bien rincer et déboucher puis laisser sécher.
  • Vérifier que la soie est bien débouchée s’il y a des zones un peu sombres, avec le compte-fil lorsque c’est sec.
  • Tout ranger !

Apéro (jour 6, le soir)

Avec la sensation du bon travail accompli, appeler les amis et filer boire des verres au Petit Bar ou autre. Il est fort possible d’avoir un peu mal aux bras à force de racler et napper et aussi de sentir un vrai bien être dans le relâchement de la pression des jours précédents. ^_^
Merci L’Imprimerie (et merci Eric) !

Fafé.

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